Des paludiers engagés

Notre démarche se veut le prolongement de l'histoire du marais, nous avons appris notre métier à l'école du vieux, et même si l'enrichissement passe obligatoirement par l'intégration d'éléments extérieurs, nous ne devons jamais oublier ou minimiser, les dizaines de générations de paludiers qui nous ont précédées. Comment être sûrs de savoir où l'on va si on ne sait pas d'où on vient ?

Il y a tout de même des choses difficiles à vivre comme de se faire voler sa terre, son histoire, ses valeurs, son identité. Par exemple les gens du marais ont toujours eu des codes, des termes qui leur étaient propres : le mot « fleur de sel » était utilisé depuis bien longtemps, mais uniquement pour communiquer avec le monde extérieur, qui ne comprenait pas forcément les termes « sel blanc » ou « sel menu » en usage sur le marais et moins explicites. Le terme œillet (dérivé d'une mauvaise traduction du mot breton lagat qui signifie petite marre, mais aussi « œil ») ne servait aussi qu'à communiquer avec l'extérieur, le mot marais étant utilisé pour désigner les bassins de récolte.

 Le terme salorge était il y abatiment-cathedraleBâtiment pour la réserve de sel dit « la cathédrale » 40 ans complètement inconnu sur le marais, le mot «magasin» étant le seul en usage.

Le fait est que nous sommes obligés aujourd'hui d'utiliser les termes des «étrangers» pour arriver à nous faire comprendre.

Pire encore, le plus grand magasin à sel du marais, construit à Batz sur Mer en 1888 et qui pouvait contenir 12 000 tonnes de sel, s'est toujours appelé « la cathédrale », il est devenu la grande salorge, un déni symbolique, qui à lui seul en dit long sur la volonté de soustraire à l'histoire les quelques générations de paludiers qui, s'ils étaient peu nombreux, n'en étaient pas moins attachés à leur terroir et leurs traditions. Sans leur entêtement et leur tolérance vis-à-vis du monde extérieur, le marais aurait disparu.

PHOTO-pere-G-RIOMon père disait : «le marais est une grande dame» nous ne sommes que ses serviteurs, nous passerons, et si nous avons bien œuvré, il nous survivra. Camille Nicol (un cousin de ma mère) était un peu amer un jour en voyant l'état des marais de la saline de Goival, qu'il avait laissé en excellent état quelques années avant pour cause de retraite. Se reprenant, il me dit : « ils iront après moi » .Camille est mort il y a bien longtemps, et les marais sont toujours là ! Pourtant cet espace parait immuable alors qu'il est tellement fragile. Il semble aujourd'hui physiquement sauvé, mais pour nous il doit garder son âme, en restant un outil de travail et de production, sans quoi, il s'auto détruira sous les pas de touristes curieux, baladés par des fonctionnaires et pseudo ornithologues plus ou moins motivés et persuasifs.

Nous avons toujours formé, aidé, installé en particulier des jeunes courageux et volontaires, qui voulaient vivre de leur métier. Nous n'avons actuellement aucun problème de recrutement, car la liste d'attente est longue, et les places peu nombreuses.

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Le maintien en vie de cet éco système exceptionnel permet de maintenir une biodiversité remarquable. Les différentes salinités présentes au cours de l'année sur la multitude de salines, offre un biotope varié et exceptionnel. Mais ne vous y trompez pas la vie la plus intéressante, ne se voit pas toujours, et les espèces spectaculaires que l'on vous montre, sont bien souvent envahissantes et présentes depuis peu sur le site. L'avifaune endémique du marais, présente il y a 40 ans est maintenant submergée par des espèces que nous ne rencontrions alors que très peu.

Gwenaël Rio, dirigeant et fondateur de TRAD Y SEL

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